Riquet à la houppe

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Comme à chaque rentrée littéraire, nous étions impatientes de découvrir le nouveau cru d’Amélie Nothomb. Pour tout inconditionnel de son œuvre, il s’agit d’un rendez-vous incontournable, la quasi-certitude de passer un bon moment de lecture.

Amélie Nothomb s’inspire une nouvelle fois d’un conte de Charles Perrault pour son nouveau roman: La Belle au bois dormant ? Le Petit Chaperon rouge? Non Riquet à la houppe À ce stade, on ravale sa fierté et on ressort les contes de Perrault. Après avoir découvert le conte de Charles Perrault (mieux vaut tard que jamais), rien d’étonnant à ce qu’Amélie Nothomb s’en soit inspirée. Nous retrouvons les thèmes qui lui sont chers: l’enfance, la cruauté, une opposition entre l’extrême laideur et la suprême beauté, l’intelligence et la stupidité.

Dans cette version revisitée du conte, Énide donne naissance à son premier enfant à l’âge de 48 ans qu’elle nommera Déodat. La seule réaction moralement acceptable de la part de parents est l’émerveillement devant leur progéniture. Cependant,  elle ne peut s’empêcher de trouver cet enfant bien laid. « On eût dit un nouveau-né vieillard: fripé de partout, les yeux à peine ouverts, la bouche rentrée- il était repoussant ».

Énide a un regard lucide, malgré l’amour qu’elle porte à son enfant, Déodat est pour le moins hideux, monstrueux même. Malgré tout, comme pour le consoler de son triste sort, Déodat est doué « d’une forme supérieure d’intelligence » qu’Amélie Nothomb appelle « le sens de l’autre ». Cette capacité à écouter et comprendre l’autre est plus intéressante que celle mesurée vulgairement par des tests de QI.

Trémière, à l’opposé de Déodat, est une beauté sans pareil. C’est une enfant calme, contemplative mais son sort n’est pas pour autant plus enviable, car l’extrême laideur comme l’extrême beauté mènent toutes deux dans cette histoire à l’exclusion.  Nous suivons alors l’histoire de ces deux personnages diamétralement opposés et finalement semblables. Ils ont le malheur d’être différents, ils détonnent au milieu de la masse et cela leur vaut mépris, brimades ou pire, une totale indifférence.

Ce livre a quelque chose de différent, dixit le twist final des derniers livres qui nous laissaient sur notre faim. Amélie Nothomb nous offre une belle histoire avec une « vraie fin » sans pirouette cette fois mais le livre reste toute de même dans la lignée des précédents. Ses détracteurs pourront se rassurer, ils pourront continuer à lui reprocher un livre trop court, une police de caractère immense, un style très simple proche de l’oralité mais néanmoins agrémentés de quelques mots savants.

Le succès en librairie des romans d’Amélie Nothomb ne se dément pas, mais même parmi ses lecteurs les plus dévoués des voix s’élèvent, lassés de cette production quasi-industrielle. On aimerait la voir se consacrer pendant quelques années à une œuvre plus majeure. Toutefois, c’est bien ce mode d’écriture qui a contribué à la construction de sa propre légende.

Après un silence crucifiant, les gens finissaient par hasarder un commentaire d’une maladresse variable: « C’est le portrait de son arrière-grand-père sur son lit de mort. »

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3 commentaires sur “Riquet à la houppe

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