Frappe-toi le cœur // Amélie Nothomb

Frappe-toi le cœur // Amélie Nothomb

« Frappe toi le cœur, c’est là qu’est le génie » Alfred de Musset, une simple citation en guise de quatrième de couverture, Amélie Nothomb n’a plus besoin de présentation.

Amélie Nothomb, sa singularité et sa ponctualité ont un côté réconfortant. Nous n’avons pas été séduites par l’ensemble de son œuvre, certains de ses livres nous ont laissé perplexes. Cependant, Frappe-toi le cœur fait partie de ses meilleurs romans.

L’auteure nous offre un roman particulièrement sombre. On assiste impuissants aux efforts désespérés d’une enfant Diane pour susciter l’amour de sa mère, une mère jalouse de son propre enfant. Elle balaie l’idée de l’aspect inconditionnel de l’amour maternelle, le plus cruel étant que Marie, la mère, ne réserve ce traitement qu’à un seul de ses enfants.

La maternité, l’enfance ainsi que l’amitié sont au cœur de ce récit. Des thèmes chers à Amélie Nothomb qu’elle ne fera qu’effleurer. Pas question de s’étaler pendant des centaines de pages. Le livre est court comme attendu, les personnages sont presque caricaturaux: la « déesse » belle et glaciale, le pharmacien de bonne famille, le surdoué au troubles autistiques… ce livre ne fera certainement pas changer d’avis ses détracteurs qui lui reprochent une sorte de paresse.

Pour notre part, Amélie Nothomb reste une auteure incontournable de la rentrée littéraire que nous retrouvons année après année avec un plaisir certain.

«Il apparaissait maintenant à Diane que le mépris était pire que la haine. Celle-ci est proche de l’amour, quand le mépris lui est étranger»

 

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Une chanson douce // Leïla Slimani

Une chanson douce // Leïla Slimani

Les prix littéraires ont le mérite de mettre en lumière une œuvre, un écrivain. C’est d’autant plus vrai pour Leïla Slimani cette année et tout le monde semble avoir un avis très arrêté sur ce livre et sur la question de savoir s’il mérite ou non le prix Goncourt.

Ce qui est certain c’est que ce fut un de ces livres totalement envoutants que l’on lit d’une seule traite. L’intrigue du livre est pourtant banale, Myriam et Paul partent à la recherche d’une nounou, celle à qui ils pourront confier ce qu’ils ont de plus précieux. Ils finissent par tomber sur la perle rare, Louise, méticuleuse, parfaite puis omniprésente, inquiétante. Le malaise s’installe dans la petite famille, son emprise est trop forte, la Louise serviable et corvéable à merci devient effrayante.

Dans chanson douce, Leïla Slimani explore cette relation si particulière entre des parents et une nourrice. Une relation forcément asymétrique, la rencontre de deux classes sociales de deux mondes différents. La toute première phrase ne laisse aucun doute sur l’issue tragique de l’histoire. Le personnage de Louise est complexe, ses motivations ne sont jamais explicitement exposées. Le lecteur s’accroche au moindre petit détail de son passé pour la comprendre, pour donner un sens à son geste terrible.

Leïla Slimani, nous offre un conte moderne effrayant, dont la force réside dans son écriture  fluide et efficace.

« Elle marchait dans la rue comme dans un décor de cinéma dont elle aurait été absente, spectatrice invisible du mouvement des hommes. Tout le monde semblait avoir quelque part où aller »

La flèche du Scythe // Chroniques merveilleuses T1. Sébastien Morgan

ob_db9766_la-fleche-du-scythe-c1-6x9IIIe siècle après JC, l’Empire Romain est assiégé de toute part. Chaque jour, les peuples barbares resserrent un peu plus leur étau. Des rumeurs font état d’une alliance possible entre les peuples goths autour du descendant d’Arminius, célèbre vainqueur des légions lors de la bataille de Teutobourg. Yares, un auxiliaire scythe est envoyé pour trouver et assassiner ce nouveau roi barbare.

L’éclaireur pénètre dans la grande forêt alors que des forces surnaturelles s’éveillent…

Yares en contrariant les plans de la puissante sorcière Alara ne mesure pas le danger auquel il s’expose. La sorcière jura de se venger et ne cessera de le tourmenter des années durant.  Alors que l’on n’attend qu’une seule chose,  la confrontation entre Yares et Alara, l’auteur nous entraîne dans d’autres récits. Au moyen d’une narration alternée, l’auteur va développer plusieurs histoires en parallèle et introduire une variété de personnages tout aussi passionnants, Mercurius jeune et téméraire, Tarquini déterminé et cruel et bien d’autres qui on l’espère seront développés dans de prochains tomes.

On se sent totalement immergée dans la Rome antique, puissante et excessive avec son goût immodéré pour l’argent, la conquête et le sang. L’auteur mêle l’histoire de Rome, magie, mythologie, un mélange à priori déroutant mais qui fonctionne tout à fait. Les passages avec les Minotaures, Gryphons et autres créatures magiques seront un régal pour tout amateur du genre.

La littérature fantastique a tout simplement besoin de ce livre, surprenant, quelque part entre le roman historique et le roman fantastique. L’intrigue est complexe, les personnages sont attachants y compris la sorcière Alara car sa colère est l’expression de sa douleur, de la perte de l’être le plus cher à ses yeux. Les scènes violentes ne sont jamais gratuites, les scènes de combats ne s’étalent pas sur des pages et des pages, tout est parfaitement dosé. Sébastien Morgan sait ménager le suspens jusqu’à la dernière ligne qui vous laissera sans voix.

Au delà d’un récit d’aventure palpitant, le livre nous offre une véritable réflexion sur la citoyenneté. Le dévouement de Yares pour l’empire Romain est sans limite, son talent de guerrier et son courage font de lui un soldat indispensable. Malgré son courage et ses qualités indiscutables, le traitement que lui réserve certains puissants Romains est révoltant, il reste à leurs yeux un sauvage, un citoyen de seconde zone.

Nous remercions Sébastien Morgan pour nous avoir fait découvrir son premier livre. Le livre reçoit un très bon accueil, amplement mérité et on espère qu’il sera le premier tome d’une longue série passionnante.

La sorcière se redressa et sa voix retentit dans la clairière et aux alentours. Une voix profonde et grave, haineuse et puissante.

-Maudits!! je vous maudis tous!!! je vous retrouverai archers assassins!!! même si vous fuyez jusqu’aux confins du monde, je vous retrouverai!!!

Mémoires d’un perfectionniste, Jonny Wilkinson

Jonny-Wilkinson-un-tourmente-M.-Parfait

Suite aux lectures décevantes de trois classiques, nous nous sommes rabattues sur un livre totalement inattendu qui siège sur une étagère de notre bibliothèque depuis bien trop longtemps: Mémoires d’un perfectionniste du très célèbre rugbyman Jonny Wilkinson. Nous avons abordé cette lecture sans a priori ni attentes particulières et Oh quelle surprise!

Cette biographie peut plaire à un inconditionnel du rugby tout comme à une personne dont les connaissances de cet univers sont pour ainsi dire inexistantes (nous en sommes la preuve). Il y a une raison à cela. En effet, au delà du simple parcours d’un rugbyman, ce livre expose un homme déterminé, un homme qui se bat contre sa peur paralysante d’échouer grâce à un travail acharné et une discipline sans faille.

Le sentiment qui se dégage de cette lecture et celui d’avoir affaire à un homme honnête.  Il dévoile tout, le bon et le mauvais, ses moments de faiblesses et ses victoires, lorsqu’il fait preuve d’humilité mais aussi quand il se montre incroyablement grossier. Son but n’est pas d’embellir son personnage mais de montrer qui il est réellement. Il en faut du courage pour se révéler de cette façon surtout quand on est de nature timide et réservée comme lui.

Loin du portrait dressé par les médias, on découvre un athlète très sensible qui montre dès le plus jeune âge un perfectionnisme à tout point de vue, aussi bien les dimanches sur un terrain de rugby que la semaine pendant une dictée. Armé d’une volonté de vaincre inouïe et de grands rêves, Jonny Wilkinson entreprend de réaliser son but ultime: devenir le meilleur joueur de rugby qui n’ait jamais existé.  

Le style est simple, presque naïf par moment mais gardons à l’esprit que malgré ses nombreux talents, Wilkinson n’est pas un écrivain de métier. Mais ce ton adopté, dépourvu de toute fioriture, rend justement la lecture agréable et permet de se plonger directement dans le vif du sujet.

Mémoires d’un perfectionniste, jamais un livre n’aura aussi bien porté son nom. Cette biographie est sans une once d’hésitation, notre coup de cœur de l’année. On en tire personnellement un important enseignement concernant le chemin qui mène à la réalisation de ses objectifs. Le talent naturel ne fait pas tout et l’ascension vers la gloire est loin d’être linéaire. La vie, même celle d’une légende de rugby, est jonchée de déceptions, de remises en question, de défaites et de nuits où l’insomnie et l’angoisse l’emportent.

« Voilà la raison pour laquelle je recherche la perfection: je souffre trop quand je n’y parviens pas. »

Harry Potter and the cursed child

On arrête tout Harry Potter est de retour! 

 

Harry potter and the cursed child

Vous n’avez pas pu échapper à la nouvelle, il est de retour ! Oui, mais seulement au théâtre, dans une pièce de Jack Thorne et mise en scène par John Tiffany.

La première triomphe depuis le 30 Juillet au Palace Theatre à Londres. Pour les malheureux (comme nous) qui n’ont pas la chance d’assister à la représentation, pas de panique! En effet le script de la pièce de théâtre est disponible ou du moins, en anglais. Pour la version française, il faudra attendre le 14 Octobre mais comme nous sommes impatientes, nous l’avons lu en version originale.

Nous retrouvons Harry au moment de l’épilogue des Reliques de la mort soit 19 ans plus tard. Nous voilà à nouveau au milieu de l’effervescence de la gare King’s Cross avec Harry, Ginny, Ron et Hermione comme si nous les avions jamais quitté. Ce sont des parents heureux qui travaillent désormais au ministère, sont admirés de tous et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, un monde définitivement débarrassé de Voldemort.

Mais, le monde magique est confronté à de nouvelles menaces. La pièce met en scène la nouvelle génération et elle est plus particulièrement centrée sur Albus Severus Potter, le fils cadet luttant contre le poids de son héritage écrasant, las d’être sans cesse comparé à son père.

Ce qu’on pouvait craindre avec ce type de saga à grand succès, c’est une suite insipide qui se contenterait de surfer sur les succès précédents mais Jack Thorne et J.K.Rowling réussissent un véritable tour de force en nous replongeant dans le monde de Harry Potter tout en réussissant à nous surprendre. Nous retrouvons un Harry, père de famille portant les stigmates d’une guerre qui ne l’a pas laissé indemne. Il est en proie à des doutes concernant son rôle de père et  n’est plus ce jeune héro candide. Tout ceci le rend résolument plus humain.

Au final, la pièce est une véritable réussite, elle se dévore en quelques heures. Elle risque peut-être de décevoir ceux qui espéraient retrouver une suite classique des livres Harry Potter. La forme, le rythme de l’histoire peuvent leur paraître déroutants.

Alors bonne lecture et cette fois J.K. Rowling le promet: cette histoire met un point final à la saga mais nous n’avons décidément pas fini d’en entendre parler, nous attendons avec impatience la sortie prochaine du premier volet des « Animaux Fantastiques » au cinéma mettant en scène Norbert Dragonneau, un scientifique joué par Eddie Redmayne, à la recherche de créatures magiques, égarées dans le New York du XXème siècle.

Bane to Harry « There is a black cloud around your son, a dangerous black cloud »