À la rencontre de Salinger

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Mon année Salinger est un récit autobiographique de Joanna Smith Rakoff dans le New York des années 1990. Fraîchement diplômée en lettres, Joanna se retrouve propulsée dans une agence  littéraire mythique et hors du temps. L’histoire est quelque peu aménagée mais l’auteur rappelle cette phrase d’Abigail Thomas à propos du récit autobiographique « la vérité, racontée aussi bien que possible ».

L’Agence dans laquelle l’auteur est embauchée a un atout de taille. En effet, parmi ses clients se trouvent un certain « Jerry « qui n’est autre que le fameux J.D. Salinger, auteur, entre autres de L‘attrape-cœurs. Ironie du sort, Joanna se voit confier le courrier de fan de Salinger alors qu’elle même, n’a jamais lu une seule de ses œuvres. Elle, qui a une maîtrise de lettres, dira qu’elle est passé à côté de cette lecture. Joanna finira par lire les livres de Salinger et succombera à son tour à cet auteur mythique.

Nous avons adoré l’ambiance feutrée de ce livre, à une époque où toutes les rédactions et toutes les agences commencent à se moderniser, mais dans cette fameuse Agence tout progrès est proscrit. Les ordinateurs sont considérés comme étant une perte de temps, une simple lubie passagère. Armés de dictaphones  et d’antiques machines à écrire, les employés de cette agence évoluent dans un monde que l’on sent sur le point de disparaître, ce qui rend le livre d’autant plus émouvant.

Le titre choisi pour ce livre « mon année Salinger » est évidemment destiné à piquer la curiosité des inconditionnels de l’auteur. Rappelons que Salinger a vécu reclus, ne concédait aucune interview et nous connaissons trop peu de choses sur lui. Cependant , ce livre n’est pas un livre sur Salinger, l’histoire est centrée sur la vie de Joanna, d’ailleurs une part non négligeable du récit concerne sa vie personnelle auprès de son petit ami de l’époque.

Le livre rappelle par bien des aspects Le Diable s’habille en Prada, mais les deux styles d’écritures sont incomparables. Mon année Salinger est un livre sur l’entrée dans le monde adulte, tendre et en aucun cas revanchard ou  caricatural. C’est également un livre sur la rencontre d’une lectrice et d’une œuvre. Finalement, que l’on aime ou non l’œuvre de Salinger, ce livre reste une excellente lecture.

« Salinger n’était pas mièvre. Son œuvre n’était pas nostalgique. Il ne s’agissait pas de contes de fées racontant les histoires de petits génies arpentant les rues du New York d’antan. Salinger ne ressemblait pas du tout à ce que j’avais imaginé. Pas du tout.
Salinger était brutal. Brutal, drôle, précis. Je l’aimais. Tout, j’aimais tout »

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Mémoires d’un perfectionniste, Jonny Wilkinson

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Suite aux lectures décevantes de trois classiques, nous nous sommes rabattues sur un livre totalement inattendu qui siège sur une étagère de notre bibliothèque depuis bien trop longtemps: Mémoires d’un perfectionniste du très célèbre rugbyman Jonny Wilkinson. Nous avons abordé cette lecture sans a priori ni attentes particulières et Oh quelle surprise!

Cette biographie peut plaire à un inconditionnel du rugby tout comme à une personne dont les connaissances de cet univers sont pour ainsi dire inexistantes (nous en sommes la preuve). Il y a une raison à cela. En effet, au delà du simple parcours d’un rugbyman, ce livre expose un homme déterminé, un homme qui se bat contre sa peur paralysante d’échouer grâce à un travail acharné et une discipline sans faille.

Le sentiment qui se dégage de cette lecture et celui d’avoir affaire à un homme honnête.  Il dévoile tout, le bon et le mauvais, ses moments de faiblesses et ses victoires, lorsqu’il fait preuve d’humilité mais aussi quand il se montre incroyablement grossier. Son but n’est pas d’embellir son personnage mais de montrer qui il est réellement. Il en faut du courage pour se révéler de cette façon surtout quand on est de nature timide et réservée comme lui.

Loin du portrait dressé par les médias, on découvre un athlète très sensible qui montre dès le plus jeune âge un perfectionnisme à tout point de vue, aussi bien les dimanches sur un terrain de rugby que la semaine pendant une dictée. Armé d’une volonté de vaincre inouïe et de grands rêves, Jonny Wilkinson entreprend de réaliser son but ultime: devenir le meilleur joueur de rugby qui n’ait jamais existé.  

Le style est simple, presque naïf par moment mais gardons à l’esprit que malgré ses nombreux talents, Wilkinson n’est pas un écrivain de métier. Mais ce ton adopté, dépourvu de toute fioriture, rend justement la lecture agréable et permet de se plonger directement dans le vif du sujet.

Mémoires d’un perfectionniste, jamais un livre n’aura aussi bien porté son nom. Cette biographie est sans une once d’hésitation, notre coup de cœur de l’année. On en tire personnellement un important enseignement concernant le chemin qui mène à la réalisation de ses objectifs. Le talent naturel ne fait pas tout et l’ascension vers la gloire est loin d’être linéaire. La vie, même celle d’une légende de rugby, est jonchée de déceptions, de remises en question, de défaites et de nuits où l’insomnie et l’angoisse l’emportent.

« Voilà la raison pour laquelle je recherche la perfection: je souffre trop quand je n’y parviens pas. »