Les gens heureux lisent et boivent du café// Agnès Martin-Lugand

Les gens heureux lisent et boivent du café, un titre merveilleux rempli de belles promesses. Ce livre est notre tout premier contact avec Agnès Martin-Lugand qui ne cesse de séduire de nouveaux lecteurs. L’histoire commence brutalement, Diane a perdu son mari et sa fille dans un accident de voiture. Un an plus tard, elle est toujours dévastée, ne sort plus, fume énormément et sa maison s’est transformée en dépotoir. Elle se souvient alors que Colin, son mari perdu, aimait l’Irlande. Elle décide alors de quitter Paris, son café littéraire et part s’y réfugier.

Les premières pages du livre laissait présager un récit sur le deuil et décrivent de manière poignante la tristesse de Diane. Cette femme inconsolable qui a tant perdu en un instant. Malgré un énorme sentiment de déjà vu, le début de cette histoire est plaisant. Tout se gatte avec l’arrivée du voisin Irlandais taciturne, Edward. Dès son entrée en scène, on se retrouve empêtré dans un jeu du chat et de la souris entre les deux protagonistes. On suit une histoire d’amour prévisible qui manque totalement de crédibilité. Les personnages sont insipides et les dialogues sont d’une banalité rare.

On ressort de cette lecture déçues, avec un sentiment de gâchis, le personnage de Diane à qui on s’attache au départ perd son intérêt au fil de lecture. On ne retiendra pas grand chose de ce livre sinon que les gens ne sont pas très heureux, qu’ils fument et boivent beaucoup trop et ne lisent pas grand chose.

PS: Une suite de ce roman est sortie mais nous n’avons pas réellement l’envie de retrouver Diane

« Ils étaient partis en chahutant dans l’escalier. J’avais appris qu’ils faisaient encore les pitres dans la voiture, au moment où le camion les avait percutés. Je m’étais dit qu’ils étaient morts en riant. Je m’étais dit que j’aurais voulu être avec eux »

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Une chanson douce // Leïla Slimani

Les prix littéraires ont le mérite de mettre en lumière une œuvre, un écrivain. C’est d’autant plus vrai pour Leïla Slimani cette année et tout le monde semble avoir un avis très arrêté sur ce livre et sur la question de savoir s’il mérite ou non le prix Goncourt.

Ce qui est certain c’est que ce fut un de ces livres totalement envoutants que l’on lit d’une seule traite. L’intrigue du livre est pourtant banale, Myriam et Paul partent à la recherche d’une nounou, celle à qui ils pourront confier ce qu’ils ont de plus précieux. Ils finissent par tomber sur la perle rare, Louise, méticuleuse, parfaite puis omniprésente, inquiétante. Le malaise s’installe dans la petite famille, son emprise est trop forte, la Louise serviable et corvéable à merci devient effrayante.

Dans chanson douce, Leïla Slimani explore cette relation si particulière entre des parents et une nourrice. Une relation forcément asymétrique, la rencontre de deux classes sociales de deux mondes différents. La toute première phrase ne laisse aucun doute sur l’issue tragique de l’histoire. Le personnage de Louise est complexe, ses motivations ne sont jamais explicitement exposées. Le lecteur s’accroche au moindre petit détail de son passé pour la comprendre, pour donner un sens à son geste terrible.

Leïla Slimani, nous offre un conte moderne effrayant, dont la force réside dans son écriture  fluide et efficace.

« Elle marchait dans la rue comme dans un décor de cinéma dont elle aurait été absente, spectatrice invisible du mouvement des hommes. Tout le monde semblait avoir quelque part où aller »

La flèche du Scythe // Chroniques merveilleuses T1. Sébastien Morgan

ob_db9766_la-fleche-du-scythe-c1-6x9IIIe siècle après JC, l’Empire Romain est assiégé de toute part. Chaque jour, les peuples barbares resserrent un peu plus leur étau. Des rumeurs font état d’une alliance possible entre les peuples goths autour du descendant d’Arminius, célèbre vainqueur des légions lors de la bataille de Teutobourg. Yares, un auxiliaire scythe est envoyé pour trouver et assassiner ce nouveau roi barbare.

L’éclaireur pénètre dans la grande forêt alors que des forces surnaturelles s’éveillent…

Yares en contrariant les plans de la puissante sorcière Alara ne mesure pas le danger auquel il s’expose. La sorcière jura de se venger et ne cessera de le tourmenter des années durant.  Alors que l’on n’attend qu’une seule chose,  la confrontation entre Yares et Alara, l’auteur nous entraîne dans d’autres récits. Au moyen d’une narration alternée, l’auteur va développer plusieurs histoires en parallèle et introduire une variété de personnages tout aussi passionnants, Mercurius jeune et téméraire, Tarquini déterminé et cruel et bien d’autres qui on l’espère seront développés dans de prochains tomes.

On se sent totalement immergée dans la Rome antique, puissante et excessive avec son goût immodéré pour l’argent, la conquête et le sang. L’auteur mêle l’histoire de Rome, magie, mythologie, un mélange à priori déroutant mais qui fonctionne tout à fait. Les passages avec les Minotaures, Gryphons et autres créatures magiques seront un régal pour tout amateur du genre.

La littérature fantastique a tout simplement besoin de ce livre, surprenant, quelque part entre le roman historique et le roman fantastique. L’intrigue est complexe, les personnages sont attachants y compris la sorcière Alara car sa colère est l’expression de sa douleur, de la perte de l’être le plus chère à ses yeux. Les scènes violentes ne sont jamais gratuites, les scènes de combats ne s’étalent pas sur des pages et des pages, tout est parfaitement dosé. Sébastien Morgan sait ménager le suspens jusqu’à la dernière ligne qui vous laissera sans voix.

Au delà d’un récit d’aventure palpitant, le livre nous offre une véritable réflexion sur la citoyenneté. Le dévouement de Yares pour l’empire Romain est sans limite, son talent de guerrier et son courage font de lui un soldat indispensable. Malgré son courage et ses qualités indiscutables, le traitement que lui réserve certains puissants Romains est révoltant, il reste à leurs yeux un sauvage, un citoyen de seconde zone.

Nous remercions Sébastien Morgan pour nous avoir fait découvrir son premier livre. Le livre reçoit un très bon accueil, amplement mérité et on espère qu’il sera le premier tome d’une longue série passionnante.

La sorcière se redressa et sa voix retentit dans la clairière et aux alentours. Une voix profonde et grave, haineuse et puissante.

-Maudits!! je vous maudis tous!!! je vous retrouverai archers assassins!!! même si vous fuyez jusqu’aux confins du monde, je vous retrouverai!!!

Juliette dans son bain

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Le livre s’ouvre sur une interview dans le journal télévisé de Roni Kandiotis, un homme d’affaire accompli . Une sortie publique rare pour un homme habituellement discret, voire insaisissable. Il concède tout de même cet entretien car en amoureux des arts et généreux mécène, il vient d’offrir à la France deux tableaux qui portent le même nom, Juliette dans son bain, l’un de Picasso, l’autre de Braque.

La nouvelle du don des deux tableaux sera vite éclipsée par celle de l’enlèvement de la fille du richissime homme d’affaire. S’ouvre alors une enquête policière pour retrouver la jeune héritière et forcément accompagnée de tout le cirque médiatique qui l’accompagne. Qui veut du mal à cet homme? Un esprit brillant, un homme d’affaire exceptionnel qui doit sa réussite à sa seule clairvoyance? On peut naturellement s’attendre à une demande de rançon mais les intentions des ravisseurs sont tout autres. Ils exigent la parution dans la presse de dix textes dévoilant chacun un évènement du passé de cet homme.

Peu à peu les lettres sont dévoilées et le doute gagne la presse. Roni Kandiotis n’est peut être pas si innocent. Comment peut on arriver au sommet sans quelques cadavres dans le placard? L’auteur offre une réflexion sur l’ascension sociale, le rapport au média, qui après avoir fait l’éloge de cet homme finissent par remettre en question son intégrité jusqu’à questionner les véritables raisons de sa générosité. Ce qui est intéressant, c’est que Roni Kandiotis ne nie nullement ce que les ravisseurs lui reprochent. En effet il offre suite à chaque lettre une autre vision des évènements qui se sont déroulés.

Ce qui s’annonçait au départ comme un roman policier, ne l’est pas tout à fait. Cette enquête n’est qu’un prétexte pour évoquer les nombreux questionnements de l’auteur. Ces derniers sont certes très intéressants mais finissent par desservir le récit. Le lecteur finit lui même par se lasser et se désintéresser de cette histoire.

« Le pays ne s’intéressait plus au rapt de Lara. C’était sur lui qu’était focalisée l’attention de la presse Roni Kandiotis, l’homme aux milliards dont chacun avait cru qu’il avait mené une vie exemplaire et qui se révélait être un personnage impitoyable et sournois »

Amours de Léonord de Recondo

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L’histoire se déroule au début du XXème siècle dans une petite ville du Cher. L’époque, le choix de couverture, l’ensemble pouvait laisser présager une romance à l’eau de rose mais dès les premières lignes, on a su qu’il en serait autrement. L’entrée en matière est brutale, bien loin des « Amours » énoncés dans le titre. Le livre s’ouvre sur une scène de viol, Anselme de Boisvaillant, un charmant notaire de bonne famille, abuse de la très jeune Constance, l’employée de maison âgée de seulement 17 ans.

Victoire, l’épouse d’Anselme, doit faire face à ses désillusions. Avec ce mariage, sa vie semblait prendre un tournant idyllique, elle se délectait de son nouveau statut et éprouvait du plaisir à être Madame de Boisvaillant. Pourtant, cinq ans plus tard, elle dépérit d’ennui dans ce mariage. Elle n’a jamais connu cette passion décrite dans les livres et par dessus tout, elle devient obsédée par son désir de maternité, un enfant qu’elle devra obtenir coûte que coûte.

Le destin de Céleste et Victoire, deux femmes si différentes se retrouve lié. Derrière les murs de cette maison bourgeoise, une passion tout à fait inattendue va naître. Au contact l’une de l’autre, elles vont apprendre à découvrir leurs propres corps et une féminité jusque-là insoupçonnée. L’histoire bascule et les personnages s’affranchissent de leurs peurs ancestrales.

Cependant, un livre est mémorable par ses personnages, qu’ils soient attachants, forts en caractère et avec une identité propre. Or ici, on peut parfois regretter que l’ombre de grands romans plane sur cette histoire. Difficile de se défaire de Madame Bovary par exemple, ce qui nous laisse une impression de déjà-vu. Mais peu importe, le point fort du livre reste l’écriture sublime de Léonord de Recondo, une tension tout au long du récit car, on le sent, il y aura bien un prix à payer pour ces instants volés.

« Leurs existences à tous sont finalement étrangement imbriquées, c’est ce qu’il comprend tandis qu’elle jette un deuxième corset dans un grand éclat de rire. Ils sont tous dépendants les uns des autres, chacun à sa manière, liés aux us et coutumes, liés à leur rang social. »

Le phénomène Six of Crows

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Six of Crows est un livre plébiscité par les lecteurs qui ne tarissent pas d’éloges sur ce livre qualifié de « coup de cœur violent », « incroyable », « addictif » et bien plus encore. L’auteure Leigh Bardugo ne s’y trompe pas et dans ses remerciements, elle s’adresse directement aux blogueurs/booktubeurs qui ont largement contribué à son succès. Alors mérite-t-il toute cette attention?

Il s’agit du premier tome d’une série de deux livres. Ce premier opus est basé sur un univers introduit par l’auteure dans une précédente trilogie Grisha, mais qu’il n’est pas indispensable de connaître pour la compréhension de Six of Crows.

Dans Ketterdam, théâtre de rixes entre gangs rivaux, Kaz, jeune malfrat aussi dangereux qu’ambitieux, se voit confier une mission impossible. Pour peu qu’on lui offre une somme d’argent suffisante, il ne recule devant rien y compris pénétrer dans le palais de glace qui est un lieu réputé imprenable afin de voler un précieux trésor. Pour mener cette mission à bien, Kaz décide donc de réunir une équipe aux talents exceptionnels.

La grande force de ce livre réside dans la diversité et la complexité de ses personnages.

  • Kaz, surnommé « Dirtyhands » et qui appartient au gang des Dregs. Il est intelligent, mystérieux et adepte de coup bas. Il a toujours un coup d’avance y compris sur les membres de sa propre équipe.
  • Inej, le spectre, une espionne hors pair.
  • Nina, une grisha redoutable mais sensible.
  • Jesper, le meilleur tireur d’élite des Dregs. Il apporte un peu de légèreté dans cet univers très sombre.
  • Matthias, un ancien Drüskelle, chasseur de Grisha, qui est enrôlé de force dans cette aventure.
  • Wylan, un expert en démolition venu d’un milieu privilégié, qui a quitté le domicile familial pour des raisons que tous ignorent.

Le choix de la narration de Leigh Bardugo est brillant. Le lecteur peut se familiariser avec les personnages puisque tour à tour, chacun d’eux endossent la voix du narrateur . On découvre par la même occasion leur histoire et leurs fêlures. Le récit sur le passé de Kaz est particulièrement glaçant.

Tous les ingrédients sont réunis (de manière presque artificielle) pour séduire les amateurs du genre fantasy: des personnages jeunes entre 16 et 18 ans venus d’horizons différentes (vous finirez bien par succomber à l’un d’eux), un fond de romance, un peu d’humour et une bonne dose de violence. Le succès du livre s’explique également par le travail de l’éditeur, une couverture et des illustrations sublimes. Cela peut paraître futile mais c’est un argument de vente non négligeable, surtout quand il s’adresse à un public majoritairement jeune.

Pour ma part, j’ai trouvé le début du livre laborieux voire pénible. D’ailleurs, c’est bien pour cela que je parle à la première personne puisque ma petite sœur a lâchement abandonné la lecture au premier chapitre. Le lecteur se retrouve plongé dans cet univers sans préambule, noyé dans un trop-plein d’informations. Même si j’ai fini par m’attacher à ces personnages et malgré une fin spectaculaire, je n’ai pas ressenti l’urgence de découvrir la suite.

Riquet à la houppe

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Comme à chaque rentrée littéraire, nous étions impatientes de découvrir le nouveau cru d’Amélie Nothomb. Pour tout inconditionnel de son œuvre, il s’agit d’un rendez-vous incontournable, la quasi-certitude de passer un bon moment de lecture.

Amélie Nothomb s’inspire une nouvelle fois d’un conte de Charles Perrault pour son nouveau roman: La Belle au bois dormant ? Le Petit Chaperon rouge? Non Riquet à la houppe À ce stade, on ravale sa fierté et on ressort les contes de Perrault. Après avoir découvert le conte de Charles Perrault (mieux vaut tard que jamais), rien d’étonnant à ce qu’Amélie Nothomb s’en soit inspirée. Nous retrouvons les thèmes qui lui sont chers: l’enfance, la cruauté, une opposition entre l’extrême laideur et la suprême beauté, l’intelligence et la stupidité.

Dans cette version revisitée du conte, Énide donne naissance à son premier enfant à l’âge de 48 ans qu’elle nommera Déodat. La seule réaction moralement acceptable de la part de parents est l’émerveillement devant leur progéniture. Cependant,  elle ne peut s’empêcher de trouver cet enfant bien laid. « On eût dit un nouveau-né vieillard: fripé de partout, les yeux à peine ouverts, la bouche rentrée- il était repoussant ».

Énide a un regard lucide, malgré l’amour qu’elle porte à son enfant, Déodat est pour le moins hideux, monstrueux même. Malgré tout, comme pour le consoler de son triste sort, Déodat est doué « d’une forme supérieure d’intelligence » qu’Amélie Nothomb appelle « le sens de l’autre ». Cette capacité à écouter et comprendre l’autre est plus intéressante que celle mesurée vulgairement par des tests de QI.

Trémière, à l’opposé de Déodat, est une beauté sans pareil. C’est une enfant calme, contemplative mais son sort n’est pas pour autant plus enviable, car l’extrême laideur comme l’extrême beauté mènent toutes deux dans cette histoire à l’exclusion.  Nous suivons alors l’histoire de ces deux personnages diamétralement opposés et finalement semblables. Ils ont le malheur d’être différents, ils détonnent au milieu de la masse et cela leur vaut mépris, brimades ou pire, une totale indifférence.

Ce livre a quelque chose de différent, dixit le twist final des derniers livres qui nous laissaient sur notre faim. Amélie Nothomb nous offre une belle histoire avec une « vraie fin » sans pirouette cette fois mais le livre reste toute de même dans la lignée des précédents. Ses détracteurs pourront se rassurer, ils pourront continuer à lui reprocher un livre trop court, une police de caractère immense, un style très simple proche de l’oralité mais néanmoins agrémentés de quelques mots savants.

Le succès en librairie des romans d’Amélie Nothomb ne se dément pas, mais même parmi ses lecteurs les plus dévoués des voix s’élèvent, lassés de cette production quasi-industrielle. On aimerait la voir se consacrer pendant quelques années à une œuvre plus majeure. Toutefois, c’est bien ce mode d’écriture qui a contribué à la construction de sa propre légende.

Après un silence crucifiant, les gens finissaient par hasarder un commentaire d’une maladresse variable: « C’est le portrait de son arrière-grand-père sur son lit de mort. »