Le phénomène Six of Crows

Le phénomène Six of Crows

Six of Crows est un livre plébiscité par les lecteurs qui ne tarissent pas d’éloges sur ce livre qualifié de « coup de cœur violent », « incroyable », « addictif » et bien plus encore. L’auteure Leigh Bardugo ne s’y trompe pas et dans ses remerciements, elle s’adresse directement aux blogueurs/booktubeurs qui ont largement contribué à son succès. Alors mérite-t-il toute cette attention?

Il s’agit du premier tome d’une série de deux livres. Ce premier opus est basé sur un univers introduit par l’auteure dans une précédente trilogie Grisha, mais qu’il n’est pas indispensable de connaître pour la compréhension de Six of Crows.

Dans Ketterdam, théâtre de rixes entre gangs rivaux, Kaz, jeune malfrat aussi dangereux qu’ambitieux, se voit confier une mission impossible. Pour peu qu’on lui offre une somme d’argent suffisante, il ne recule devant rien y compris pénétrer dans le palais de glace qui est un lieu réputé imprenable afin de voler un précieux trésor. Pour mener cette mission à bien, Kaz décide donc de réunir une équipe aux talents exceptionnels.

La grande force de ce livre réside dans la diversité et la complexité de ses personnages.

  • Kaz, surnommé « Dirtyhands » et qui appartient au gang des Dregs. Il est intelligent, mystérieux et adepte de coup bas. Il a toujours un coup d’avance y compris sur les membres de sa propre équipe.
  • Inej, le spectre, une espionne hors pair.
  • Nina, une grisha redoutable mais sensible.
  • Jesper, le meilleur tireur d’élite des Dregs. Il apporte un peu de légèreté dans cet univers très sombre.
  • Matthias, un ancien Drüskelle, chasseur de Grisha, qui est enrôlé de force dans cette aventure.
  • Wylan, un expert en démolition venu d’un milieu privilégié, qui a quitté le domicile familial pour des raisons que tous ignorent.

Le choix de la narration de Leigh Bardugo est brillant. Le lecteur peut se familiariser avec les personnages puisque tour à tour, chacun d’eux endossent la voix du narrateur . On découvre par la même occasion leur histoire et leurs fêlures. Le récit sur le passé de Kaz est particulièrement glaçant.

Tous les ingrédients sont réunis (de manière presque artificielle) pour séduire les amateurs du genre fantasy: des personnages jeunes entre 16 et 18 ans venus d’horizons différentes (vous finirez bien par succomber à l’un d’eux), un fond de romance, un peu d’humour et une bonne dose de violence. Le succès du livre s’explique également par le travail de l’éditeur, une couverture et des illustrations sublimes. Cela peut paraître futile mais c’est un argument de vente non négligeable, surtout quand il s’adresse à un public majoritairement jeune.

Pour ma part, j’ai trouvé le début du livre laborieux voire pénible. D’ailleurs, c’est bien pour cela que je parle à la première personne puisque ma petite sœur a lâchement abandonné la lecture au premier chapitre. Le lecteur se retrouve plongé dans cet univers sans préambule, noyé dans un trop-plein d’informations. Même si j’ai fini par m’attacher à ces personnages et malgré une fin spectaculaire, je n’ai pas ressenti l’urgence de découvrir la suite.

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Riquet à la houppe

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Comme à chaque rentrée littéraire, nous étions impatientes de découvrir le nouveau cru d’Amélie Nothomb. Pour tout inconditionnel de son œuvre, il s’agit d’un rendez-vous incontournable, la quasi-certitude de passer un bon moment de lecture.

Amélie Nothomb s’inspire une nouvelle fois d’un conte de Charles Perrault pour son nouveau roman: La Belle au bois dormant ? Le Petit Chaperon rouge? Non Riquet à la houppe À ce stade, on ravale sa fierté et on ressort les contes de Perrault. Après avoir découvert le conte de Charles Perrault (mieux vaut tard que jamais), rien d’étonnant à ce qu’Amélie Nothomb s’en soit inspirée. Nous retrouvons les thèmes qui lui sont chers: l’enfance, la cruauté, une opposition entre l’extrême laideur et la suprême beauté, l’intelligence et la stupidité.

Dans cette version revisitée du conte, Énide donne naissance à son premier enfant à l’âge de 48 ans qu’elle nommera Déodat. La seule réaction moralement acceptable de la part de parents est l’émerveillement devant leur progéniture. Cependant,  elle ne peut s’empêcher de trouver cet enfant bien laid. « On eût dit un nouveau-né vieillard: fripé de partout, les yeux à peine ouverts, la bouche rentrée- il était repoussant ».

Énide a un regard lucide, malgré l’amour qu’elle porte à son enfant, Déodat est pour le moins hideux, monstrueux même. Malgré tout, comme pour le consoler de son triste sort, Déodat est doué « d’une forme supérieure d’intelligence » qu’Amélie Nothomb appelle « le sens de l’autre ». Cette capacité à écouter et comprendre l’autre est plus intéressante que celle mesurée vulgairement par des tests de QI.

Trémière, à l’opposé de Déodat, est une beauté sans pareil. C’est une enfant calme, contemplative mais son sort n’est pas pour autant plus enviable, car l’extrême laideur comme l’extrême beauté mènent toutes deux dans cette histoire à l’exclusion.  Nous suivons alors l’histoire de ces deux personnages diamétralement opposés et finalement semblables. Ils ont le malheur d’être différents, ils détonnent au milieu de la masse et cela leur vaut mépris, brimades ou pire, une totale indifférence.

Ce livre a quelque chose de différent, dixit le twist final des derniers livres qui nous laissaient sur notre faim. Amélie Nothomb nous offre une belle histoire avec une « vraie fin » sans pirouette cette fois mais le livre reste toute de même dans la lignée des précédents. Ses détracteurs pourront se rassurer, ils pourront continuer à lui reprocher un livre trop court, une police de caractère immense, un style très simple proche de l’oralité mais néanmoins agrémentés de quelques mots savants.

Le succès en librairie des romans d’Amélie Nothomb ne se dément pas, mais même parmi ses lecteurs les plus dévoués des voix s’élèvent, lassés de cette production quasi-industrielle. On aimerait la voir se consacrer pendant quelques années à une œuvre plus majeure. Toutefois, c’est bien ce mode d’écriture qui a contribué à la construction de sa propre légende.

Après un silence crucifiant, les gens finissaient par hasarder un commentaire d’une maladresse variable: « C’est le portrait de son arrière-grand-père sur son lit de mort. »

Le cœur cousu de Carole Martinez

Le cœur cousu de Carole Martinez

Le cœur cousu est très certainement le livre dont nous avons eu le plus de mal à parler. Il est difficile de rendre justice à ce roman qui fait désormais parti de nos plus belles lectures.

Passé inaperçu lors de sa sortie en librairie, Carole Martinez, alors âgée de 40 ans, pense que tout est perdu: son premier roman est tombé aux oubliettes. Elle est catégorique en soutenant qu’après deux mois sans aucune réaction, un livre est pour ainsi dire mort. C’était sans compter la magie de ses mots qui a gagné un à un le cœur de ses lecteurs. Un incroyable bouche-à-oreille a permis à ce livre de gagner en visibilité et de se voir décerner par la suite neuf prix littéraires.

L’histoire nous plonge dans l’Espagne du XIXème siècle, un secret entoure les femmes d’une même lignée dont la narratrice Soledad est issue. Tout commence par un étrange rituel, Frasquita Carasco, la mère de Soledad se voit transmettre par sa propre mère un étrange coffret à couture. Elle se découvre alors un talent, elle sublime tout ce qu’elle brode et entre ses doigts minutieux le tissu prend vie.

Dans son petit village, Frasquita n’échappera pas aux médisances des villageois. On la dit magicienne, sorcière, maudite. Elle enfantera d’ailleurs six enfants tous aussi étranges les uns que les autres. Elle sera même poussée à l’exil après que son propre mari l’eut pariée et perdue durant un combat de coqs. Soledad nous conte le périple de sa mère, qui après avoir entassé ses enfants sur une charrette, parcourt l’Espagne ravagée par des guerres fratricides.

Une à une, les filles de Frasquita hériteront du secret de leur mère, jusqu’au tour de Soledad qui elle, fera un choix à contre courant de la tradition ancestrale.

Nous avons aimé chacun des personnages peuplant cette histoire et tout particulièrement Frasquita, la virtuose avec une aiguille et un simple morceau de tissu dont le prodigieux talent fait écho à celui de Carole Martinez. Cette dernière écrit avec une telle aisance et le rendu est à la fois fluide et riche. Naviguant avec élégance entre le réel et le surnaturel, elle nous offre un récit qui a tout d’un conte habité de personnages étranges, un conte auquel on croirait presque.

Le cœur cousu est une histoire mettant les femmes à l’honneur, on y parle du poids des traditions, d’héritage, de superstitions et de ce lien indéfectible qui unit une mère à son enfant. Carole Martinez a elle même puisé son inspiration dans sa propre histoire de famille. Le personnage envoûtant de Frasquita Carasco serait inspiré de l’arrière-arrière-grand-mère de l’auteure.

« Ô mère, il me faut ramener des profondeurs un monde enseveli pour y glisser ton nom, ton visage, ton parfum, pour y perdre l’aiguille et oublier ce baiser, tant espéré, que jamais tu ne m’as donné! Il me faut te tuer pour parvenir à mourir… enfin. Mon lumineux cahier sera la grande fenêtre par où s’échapperont un à un les monstres qui nous hantent »

Vous trouverez ci-dessous les liens de deux interviews qui nous ont permis de mettre un visage sur un nom et d’en apprendre davantage sur le processus de création de ce roman.

Dialogues, 5 questions à Carole Martinez 

Carole Martinez se dévoile à « Cœur cousu »

 

Avant toi de Jojo Moyes

Me before you

Avant toi vit son quart d’heure de gloire. Avec son adaptation sur grand écran et une sœur accroc au shopping littéraire, impossible d’y échapper. J’étais très (très!) réticente à l’idée de plonger dans la dégoulinante mièvrerie d’une histoire à l’eau de rose. Que nenni! Le personnage très attachant de Lou Clark perd son travail au Petit Pain beurré. Plus qu’un simple travail, elle perd son identité, un quotidien qu’elle adore et un précieux revenu pour sa famille mais tout n’est pas perdu. En effet, elle décroche à sa grande surprise un travail de six mois auprès de Will Traynor, un homme jeune, brillant ET tétraplégique. Mais voilà, Will est décidé à mettre fin à ses jours et Lou découvre avec horreur que son travail consiste en réalité à le faire changer d’avis.

Vous l’aurez compris, il est question du sujet ô combien délicat du choix de fin de vie. La société a-t-elle un droit de regard sur cette décision? Peut-on obliger un individu à mener une vie dans laquelle il ne se reconnait plus? Jojo Moyes réussit l’exploit d’aborder, par le biais d’une romance, de telles questions sans que ce soit oppressant dans un livre qui nous fait rire et pleurer. Dans l’entourage de Will, chacun a sa propre opinion représentant ainsi l’éventail de réponses possibles.

Ce qu’on aime dans le livre:

  • Le personnage de Lou: elle est candide, rayonnante et haute en couleur.
  • La réflexion sur la place du handicap dans la société.

Ce qu’on aime un peu moins:

  • Un sentiment de déjà vu, et pas mal de clichés: un homme beau, intelligent, cultivé et surtout RICHE dont la vie est bouleversée par une jeune fille tout à fait ordinaire.

En bref, Avant toi est un livre agréable à lire et qui fait paradoxalement du bien.

« Tu es gravée dans mon cœur, Clark. Tu l’as été dès le premier jour où tu es arrivée, avec tes fringues à la con, tes blagues moisies et ton incapacité absolue à dissimuler ce que tu ressens »