Mémoires d’un perfectionniste, Jonny Wilkinson

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Suite aux lectures décevantes de trois classiques, nous nous sommes rabattues sur un livre totalement inattendu qui siège sur une étagère de notre bibliothèque depuis bien trop longtemps: Mémoires d’un perfectionniste du très célèbre rugbyman Jonny Wilkinson. Nous avons abordé cette lecture sans a priori ni attentes particulières et Oh quelle surprise!

Cette biographie peut plaire à un inconditionnel du rugby tout comme à une personne dont les connaissances de cet univers sont pour ainsi dire inexistantes (nous en sommes la preuve). Il y a une raison à cela. En effet, au delà du simple parcours d’un rugbyman, ce livre expose un homme déterminé, un homme qui se bat contre sa peur paralysante d’échouer grâce à un travail acharné et une discipline sans faille.

Le sentiment qui se dégage de cette lecture et celui d’avoir affaire à un homme honnête.  Il dévoile tout, le bon et le mauvais, ses moments de faiblesses et ses victoires, lorsqu’il fait preuve d’humilité mais aussi quand il se montre incroyablement grossier. Son but n’est pas d’embellir son personnage mais de montrer qui il est réellement. Il en faut du courage pour se révéler de cette façon surtout quand on est de nature timide et réservée comme lui.

Loin du portrait dressé par les médias, on découvre un athlète très sensible qui montre dès le plus jeune âge un perfectionnisme à tout point de vue, aussi bien les dimanches sur un terrain de rugby que la semaine pendant une dictée. Armé d’une volonté de vaincre inouïe et de grands rêves, Jonny Wilkinson entreprend de réaliser son but ultime: devenir le meilleur joueur de rugby qui n’ait jamais existé.  

Le style est simple, presque naïf par moment mais gardons à l’esprit que malgré ses nombreux talents, Wilkinson n’est pas un écrivain de métier. Mais ce ton adopté, dépourvu de toute fioriture, rend justement la lecture agréable et permet de se plonger directement dans le vif du sujet.

Mémoires d’un perfectionniste, jamais un livre n’aura aussi bien porté son nom. Cette biographie est sans une once d’hésitation, notre coup de cœur de l’année. On en tire personnellement un important enseignement concernant le chemin qui mène à la réalisation de ses objectifs. Le talent naturel ne fait pas tout et l’ascension vers la gloire est loin d’être linéaire. La vie, même celle d’une légende de rugby, est jonchée de déceptions, de remises en question, de défaites et de nuits où l’insomnie et l’angoisse l’emportent.

« Voilà la raison pour laquelle je recherche la perfection: je souffre trop quand je n’y parviens pas. »

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Le cœur cousu de Carole Martinez

Le cœur cousu de Carole Martinez

Le cœur cousu est très certainement le livre dont nous avons eu le plus de mal à parler. Il est difficile de rendre justice à ce roman qui fait désormais parti de nos plus belles lectures.

Passé inaperçu lors de sa sortie en librairie, Carole Martinez, alors âgée de 40 ans, pense que tout est perdu: son premier roman est tombé aux oubliettes. Elle est catégorique en soutenant qu’après deux mois sans aucune réaction, un livre est pour ainsi dire mort. C’était sans compter la magie de ses mots qui a gagné un à un le cœur de ses lecteurs. Un incroyable bouche-à-oreille a permis à ce livre de gagner en visibilité et de se voir décerner par la suite neuf prix littéraires.

L’histoire nous plonge dans l’Espagne du XIXème siècle, un secret entoure les femmes d’une même lignée dont la narratrice Soledad est issue. Tout commence par un étrange rituel, Frasquita Carasco, la mère de Soledad se voit transmettre par sa propre mère un étrange coffret à couture. Elle se découvre alors un talent, elle sublime tout ce qu’elle brode et entre ses doigts minutieux le tissu prend vie.

Dans son petit village, Frasquita n’échappera pas aux médisances des villageois. On la dit magicienne, sorcière, maudite. Elle enfantera d’ailleurs six enfants tous aussi étranges les uns que les autres. Elle sera même poussée à l’exil après que son propre mari l’eut pariée et perdue durant un combat de coqs. Soledad nous conte le périple de sa mère, qui après avoir entassé ses enfants sur une charrette, parcourt l’Espagne ravagée par des guerres fratricides.

Une à une, les filles de Frasquita hériteront du secret de leur mère, jusqu’au tour de Soledad qui elle, fera un choix à contre courant de la tradition ancestrale.

Nous avons aimé chacun des personnages peuplant cette histoire et tout particulièrement Frasquita, la virtuose avec une aiguille et un simple morceau de tissu dont le prodigieux talent fait écho à celui de Carole Martinez. Cette dernière écrit avec une telle aisance et le rendu est à la fois fluide et riche. Naviguant avec élégance entre le réel et le surnaturel, elle nous offre un récit qui a tout d’un conte habité de personnages étranges, un conte auquel on croirait presque.

Le cœur cousu est une histoire mettant les femmes à l’honneur, on y parle du poids des traditions, d’héritage, de superstitions et de ce lien indéfectible qui unit une mère à son enfant. Carole Martinez a elle même puisé son inspiration dans sa propre histoire de famille. Le personnage envoûtant de Frasquita Carasco serait inspiré de l’arrière-arrière-grand-mère de l’auteure.

« Ô mère, il me faut ramener des profondeurs un monde enseveli pour y glisser ton nom, ton visage, ton parfum, pour y perdre l’aiguille et oublier ce baiser, tant espéré, que jamais tu ne m’as donné! Il me faut te tuer pour parvenir à mourir… enfin. Mon lumineux cahier sera la grande fenêtre par où s’échapperont un à un les monstres qui nous hantent »

Vous trouverez ci-dessous les liens de deux interviews qui nous ont permis de mettre un visage sur un nom et d’en apprendre davantage sur le processus de création de ce roman.

Dialogues, 5 questions à Carole Martinez 

Carole Martinez se dévoile à « Cœur cousu »